La période angkorienne

Motif de La période angkorienne

Jayavarman II, jugeant peut-être inadaptée aux nouvelles nécessités l’ancienne capitale d’Isanapura, établit une autre cité près d’Angkor, sur l’actuel site de Roluos, qu’il appelle Hariharalaya. Il se fixe ensuite pour un temps sur le mont Kulen, un massif gréseux situé au nord d’Angkor. C’est sur cette hauteur qu’il se fait sacrer roi sous le nom de Jayavarman II et qu’il se libère de la suzeraineté de Java par des cérémonies propitiatoires. Avec ce roi qui va régner pendant quarante-huit ans, s’ouvre la période angkorienne qui marque le début d’une ère nouvelle durant laquelle plusieurs rois vont s’efforcer de refaire l’unité du pays khmer.

Les décors de la période angkorienne

Motif de La période angkorienne

Le fils de Jayavarman II succède à son père en 850, sous le nom de Jayavarman III. Il va régner vingt-sept ans à Hariharalaya, de même qu’lndravarman Ier qui hérite du trône à sa mort, en 877. Ce monarque marque son époque en construisant sur le site de Roluos le temple en brique de Preah Ko et le temple pyramide du Bakong, où il installe le linga royal, emblème phallique de Siva. Au nord du site, il aménage un vaste bassin arti­ficiel : Indratataka, qui servira de réserve d’eau durant les saisons sèches.
Le fils d’Indravarman Ier, Yasovarman Ier devient roi en 889. Il reste un temps à Hariharalaya, où il construit au milieu de l’Indratataka les quatre tours de brique du temple de Lolei qu’il dédie à ses parents. Ayant ainsi rendu son hommage filial, il décide d’établir sa propre capitale non loin de là, sur le site de l’actuel Angkor. Il choisit pour centre de sa nouvelle ville la colline du Bakheng, autour de laquelle il délimite un quadrilatère de quatre kilomètres de côté, à l’intérieur duquel il installe sa capitale Yasodharapura. Tout comme Indravarman Ier, son père, l’avait fait à Hariharalaya, il aménage à l’est de sa capitale une grande pièce d’eau de deux kilomètres de large sur sept de long, appelée aujourd’hui le Baray oriental. Il capte les eaux de la rivière qui descend du mont Kulen pour alimenter sa ville et l’énorme réservoir qu’est le Baray, au sud duquel il construit plusieurs monastères.

Yasovarman Ier semble n’avoir régné qu’une vingtaine d’années, mais il a laissé une empreinte si profonde qu’aucun roi après lui ne modifiera le symbolisme d’Angkor, sa capitale.
Nous n’avons que peu d’indications sur les deux fils de Yasovarman Ier qui régnèrent successivement sous les noms d’Harshavarman Ier et Isanavarman II, probablement de 910 à 928. En 921, un oncle de ces deux souverains, peut-être régent du temps de leur minorité, fonde une nouvelle capitale, au nord-est d’Angkor, à Chok Gargyar, sur l’actuel site de Koh Ker, et s’y fait couronner roi sous le nom de Jayavarman IV. Il entreprend des travaux impor­tants comme la construction du Prang, grande pyramide de 35 m de haut, sur laquelle il installe le linga royal, et fait creuser dans le rocher un important bassin, le Rahal. Jayavarman IV meurt à Koh Ker aux environs de 940, laissant le royaume à Harshavarman II, son fils, qui ne règne que peu de temps. Sa disparition amène au pou­voir, en 944, Rajendravarman, parent de Jayavarman IV. Le nouveau souverain réinstalle la capitale du royaume à Angkor et il renoue avec la tradition établie il y a plus de cinquante ans par Yasovarman Ier.
Un des premiers actes de Rajendravarman II, à son arri­vée à Angkor, est de faire édifier en 952, pour honorer ses ancêtres, les cinq tours de brique du Mebon qu’il construit au milieu du Baray oriental. Au sud de ce bas­sin, il fait bâtir, en 961, un temple pyramide, son temple d’État : le Pre Rup, qu’il consacre au linga royal.

Le linga – période angkorienne

La période angkorienne-linga
Le pays est administré par le roi, assisté de hauts digni­taires qui désirent eux aussi acquérir des mérites en édi­fiant des témoignages de leur piété : l’un d’entre eux fait creuser le petit baray de Srah Srang. Un autre installe une petite agglomération à une vingtaine de kilomètres au nord-est d’Angkor et y fait construire, à partir de 967, le petit temple de grès rose de Banteay Srei, merveille de décoration, certainement un des plus beaux temples du site archéologique d’Angkor.

Rajendravarman II meurt en 968. Son fils, encore très jeune, lui succède sous le nom de Jayavarman V. C’est le fondateur du temple de Banteay Srei, Yajnavaraha, guru du roi, qui assure la régence du pays pendant l’ado­lescence du nouveau souverain. Jayavarman V, après avoir vécu à Yasodharapura, fonde sa propre capitale en dehors des limites de cette ville. La pyramide de Ta Kev marque peut-être le centre de cette nouvelle cité. Les tra­vaux de ce temple commencent à la fin du Xe siècle, mais ils sont interrompus par la mort du roi en 1001. Le Ta Kev ne sera jamais terminé.

Le neveu du roi, Udayaditiavarman Ier, qui accède alors au trône, ne régnera qu’un an. Sa mort en 1002 marque le début d’une guerre de succession qui va durer dix ans pour ne s’éteindre qu’avec la mise en place d’une nou­velle dynastie. La légitimité du nouveau roi semble avoir été contestée par deux prétendants, dès son accession au pouvoir. Nous ne savons que peu de choses du premier, Jayaviravarman, sinon qu’il demeura à Angkor de 1003 à 1006, essayant de se rallier les hauts dignitaires du roi défunt, afin d’affermir son autorité. Le second, le prince Suryavarman, est un descendant du roi Indravarman Ier. Du fait de son éloignement momentané du trône, il s’inté­ressa surtout aux provinces du royaume, lui-même étant, semble-t-il, originaire de la péninsule Malaise.

Entre 1006 et 1010, à la suite d’événements encore inconnus, Jayaviravarman disparaît de la scène cambod­gienne. Suryavarman, les mains libres, s’installe alors à Yasodharapura, où il se fait couronner roi sous le nom de Suryavarman Ier, tout en s’assurant de la loyauté des digni­taires du pays, dont plusieurs avaient servi son adversaire. Au cours de son règne long de près de cinquante ans, il pacifie et reconstruit le royaume miné par plusieurs années de luttes intestines, et il étend la civilisation khmère jusque dans le bassin du Menam, en Thaïlande.

Si Suryavarman Ier ne fait pas exécuter de grands travaux à Angkor même, il édifie le grand temple de Preah Vihear à 140 km au nord-est de Yasodharapura. Perché à plus de 400 m d’altitude, sur le rebord d’une falaise de la chaîne des Dangrek, ce temple domine superbement la plaine cambodgienne. On doit aussi à ce roi le grand ensemble du Preah Khan de Kompong Svay, à l’est d’Angkor, ainsi que le temple dressé sur le Phnom Chisor, au sud de Phnom Penh. Il est possible que Suryavarman Ier soit aussi à l’origine de la construction du Baray occidental, situé à l’ouest d’Angkor. Encore plus vaste que le Baray oriental, il mesure 2,2 km de large sur 8 de long.

Suryavarman Ier, un des grands rois de l’histoire du Cambodge, meurt en 1049, laissant le trône à Udayaditiavarman II, son petit-neveu. Le règne de celui- ci, qui dure seize ans, est marqué par plusieurs révoltes qui occasionnent de nombreuses destructions. Cependant, en dépit des troubles, il entreprend la construction de l’imposante pyramide du Baphuon, la « Montagne d’or » des inscriptions, qui devait fortement impressionner, deux cents ans plus tard, Tcheou Ta Kouan, un diplomate chinois en mission à la cour d’Angkor. Il semble que Udayaditiavarman II ait poursuivi et terminé la construction du Baray occidental, au centre duquel il fait édifier le Mebon occidental, pendant du Mebon du Baray oriental.

À sa mort en 1066, Udayaditiavarman II est remplacé par son frère Harshavarman III qui s’attache à relever les ruines accumulées au cours du règne précédent et il doit faire face, à deux reprises, à des attaques venues du Champa. Avec sa disparition, en 1080, prend fin la dynastie instaurée par Suryavarman Ier.

En cette fin du XIe siècle, le pays khmer se trouve à nou­veau divisé. Apparaît alors un nouveau souverain, Jayavarman VI qui, curieusement, n’appartient à aucune lignée royale antérieure. On peut imaginer que son accession insolite au trône du Cambodge n’a pu se faire sans heurts. Jayavarman VI va régner pendant vingt-sept ans, sans laisser de traces marquantes de son passage à la tête du royaume. À sa mort, en 1107, son frère aîné prend le pouvoir, mais pour très peu de temps : après cinq ans de règne, il est renversé par un de ses neveux, encore adolescent, mais plein de fougue et de prétention ,puisqu’il se fait sacrer roi malgré son jeune âge sous le nom de Suryavarman II.

Souverain ambitieux et combatif, il guerroie longtemps contre ses voisins et étend son empire du Champa, au- delà de la chaîne annamitique, jusqu’aux frontières du royaume birman. Il renoue des relations avec la Chine, qui le reconnaît comme « Grand Feudataire de l’Empire des Song ». Durant les quarante années de son règne, la civilisation khmère atteint son apogée dans plusieurs domaines. De nombreuses fondations religieuses sont établies dans tout le pays.

On doit certainement à Suryavarman II le début de la construction, à Angkor, des temples de Thommanon et de Chau Say Tevoda, de même que celle du temple de Beng Meala qui aurait été entreprise à cette époque à l’est, au pied des Kulen. Mais ce qui reste sa gloire et son chef- d’œuvre pour l’éternité est Angkor Vat, son temple et son tombeau, le monument le plus connu et le plus prestigieux de tout l’art khmer. D’une très belle composition architec­turale, ce monument dresse toujours vers le ciel ses cinq « flèches » de pierre, comme pour signaler au visiteur la présence permanente de celui qui fut un très grand roi.

La mort de Suryavarman II vers 1150 provoque de nou­veaux troubles dans un pays à la recherche d’un monar­que légitime. La direction du royaume échoit en défini­tive à Yasovarman II dont on ignore l’origine. Ce que fait ce roi pendant les quinze années de son règne n’est pas bien défini. On sait cependant que, revenant d’une cam­pagne en Thaïlande, il est victime de la rébellion d’un de ses dignitaires, qui se fait couronner vers 1165, sous le nom de Tribhuvanadityavarman. Ce roi usurpateur va régner à Angkor pendant une douzaine d’années sans qu’on puisse lui attribuer une activité et des construc­tions précises.
Au nord-est du pays khmer, existe le Champa, un royaume situé entre la mer de Chine et la chaîne annamitique, qui a subi l’influence indienne parallèlement au Fou Nan. Tout au long de leur histoire, les Khmers et les Chams se sont cherché querelle et les escarmouches fréquentes qui ont lieu à la limite des deux royaumes entretiennent une guerre larvée.
Sans doute irrité par d’incessantes incursions khmères sur son territoire, le roi cham Jayaviravarman IV mène en 1177 une action punitive contre Angkor. Il est accompagné dans cette campagne par des princes cambodgiens qui lui sont acquis et sont adversaires à la fois de l’usurpateur Tribhuvanadityavarman et d’un autre prince khmer, le futur Jayavarman VII, prétendant au trône du Cambodge. Deux armées se dirigent vers Angkor : la première, transportée par des chars à travers la chaîne annamitique, n’atteint pas son objectif ; la deuxième, remontant par voie d’eau le Mékong et le Grand Lac, arrive devant Angkor. Complètement prise au dépourvu, la ville oppose peu de résistance, d’autant plus qu’aucun système de défense n’a été prévu. Au cours des combats qui se livrent, le roi Tribhuvanadityavarman est tué. Les Chams s’emparent de la ville et la mettent à sac sans cependant la détruire. Ils occuperont Angkor pendant quatre ans. Le pillage et l’oc­cupation de la capitale suscitent chez les Khmers une grande hostilité envers l’envahisseur.

Quelques années auparavant, Jayavarman VII, un prince âgé qui se rattache aux plus anciennes dynasties du Cambodge, s’était déjà manifesté. Dans sa jeunesse, pour des raisons qui restent obscures, il aurait séjourné au Champa au moment de la disparition de Yasovarman II. Tenant, par sa mère, quelques droits au trône vacant, il regagne alors précipitamment le Cambodge pour faire valoir ses privilèges, mais il arrive trop tard, l’usurpateur Tribhuvanadityavarman est déjà à la tête de l’empire, et il se retire alors dans ses terres, attendant une occasion propice pour récupérer le trône. Cette occasion lui est fournie par l’invasion d’Angkor et la mort du roi usurpateur. Pendant quatre ans, il s’emploie à chasser les envahisseurs chams du pays et à établir son autorité vis-à-vis d’autres prétendants khmers, ce qui est chose faite en 1181, date de son accession au pouvoir.

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En 1190, une nouvelle attaque du Champa donne au nouveau roi l’opportunité de prendre sa revanche sur ce royaume. Il envahit son territoire, prend sa capitale et annexe le pays qui restera province khmère jusqu’en 1220. L’autorité de Jayavarman VII s’étend alors sur un vaste empire – peut-être le plus étendu de toute l’his­toire du Cambodge – qui va de la mer de Chine à l’est, jusqu’au golfe du Bengale à l’ouest. Ce roi entreprend l’établissement d’une nouvelle capitale, Angkor Thom, d’un symbolisme affirmé et capable de résister à de nouvelles attaques. Au centre de la ville, il fait construire le grand temple du Bayon qui, avec ses tours à visages, est certainement la construction la plus insolite de l’art khmer. Durant un règne d’une qua­rantaine d’années, ce monarque, véritable boulimique de constructions, réalise à Angkor môme et dans tout l’empire un grand nombre de fondations. Les inscrip­tions connues présentent Jayavarman VII comme un bouddhiste fervent qui sait adapter le culte du Dieu Roi à la secte bouddhiste mahayaniste à laquelle il appar­tient. Cependant, l’élite brahmanique qui gravite autour du pouvoir continue à jouer son rôle de conseiller à la Cour. Il est possible que Jayavarman VII règne encore en 1218, mais la date exacte de sa mort n’a pas pu être précisée.
Son successeur est Indravarman II, dont on ne sait prati­quement rien, sinon la date probable de sa mort en 1243. Il est remplacé par Jayavarman VIII qui doit faire face aux premières attaques des T’ais, en 1285. Une troupe mongole venue du Champa fait irruption dans le pays khmer, apparemment sans succès, mais Jayavarman VIII préfère payer par précaution le tribut de vassalité au grand khan mongol Kubilay.

Certains rois khmers, au cours de leur règne, notam­ment Suryavarman II et Jayavarman VII, ont repoussé les limites de leur empire dans des proportions excessives, rendant la gestion du royaume de plus en plus difficile à assurer. Dans le courant du XIIIe siècle, le Cambodge commence à ressentir les effets de cette difficulté. À ce malaise s’ajoute la grande lassitude du peuple khmer soumis aux travaux les plus durs, notamment pour la construction des temples, dans des conditions qui relè­vent de l’esclavage.
Pendant cette période, dans toute l’Asie du Sud-Est, et en péninsule Indochinoise en particulier, se produit le basculement de la civilisation importée de l’Inde. Cette civilisation, adoptée au cours des siècles par un nombre de Khmers de plus en plus grand, se trouve progressi­vement dénaturée par la culture indigène, si bien qu’on assiste à la disparition graduelle de l’élite locale tout imprégnée de culture indienne. Cet affaiblissement cul­turel du Sud-Est asiatique a certainement été aussi faci­lité par l’apparition, notamment au Cambodge, d’une nouvelle forme de bouddhisme.

Jusque-là, ce pays n’avait connu, à côté d’une religion hindouiste puissante, que le bouddhisme du Grand Véhicule ou Mahayana notamment sous l’aspect du Deva-raja ou culte du Dieu Roi, ces deux pratiques, hin­douisme et bouddhisme, restant peu accessibles au peuple. Au cours du XIIIè siècle, le bouddhisme cingalais du Petit Véhicule ou Hinayana fait son apparition. D’une expression et d’une pratique simples, il attire d’abord la classe dirigeante, mais connaît surtout, ensuite, une grande faveur auprès du peuple. La référence faite à la condition d’arhat, relative à celui qui s’est libéré de toute aspiration, ne devait pas faciliter un sursaut national face aux menaces qui se précisent. Durant cette même période, une réaction anti-bouddhique, de la part des adeptes du brahmanisme, conduit à mutiler la plupart des représentations du Bouddha présentes dans les temples édifiés par Jayavarman VII.

En 1295, Jayavarman VIII, pressé par son gendre, abdique en sa faveur. Celui-ci régnera sous le nom de Srindravarman avant d’abdiquer à son tour en 1307. D’autres rois vont ensuite régner sur l’empire, mais nous ne possédons aucun témoignage pour établir leurs faits et gestes.

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